Archives de Catégorie: Psychiatrie

Trouble bipolaire et déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité: deux profils cognitifs distincts

Le trouble bipolaire (TB) est caractérisé par une fluctuation anormale de l’humeur, pouvant aller d’une excitation très marquée (période maniaque) à une tristesse profonde (période dépressive). Le déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) désigne quant à lui un syndrome, très médiatisé ces dernières années, qui comprend des troubles attentionnels (difficultés à se concentrer sur une tâche suffisamment longtemps et/ou de manière efficace), une impulsivité (caractère imprévisible, sautes d’humeur) et une hyperactivité (difficultés à rester assis, tendance à remuer et à parler sans arrêt). Chez l’enfant, ces deux pathologies peuvent être confondues car leurs présentations comportementales peuvent être similaires. Dans les deux cas, un fonctionnement anormal du cortex préfrontal a été mis en évidence, avec une perturbation de certaines fonctions exécutives. On peut alors raisonnablement se demander s’il y  a des différences entre ces deux pathologies au niveau du fonctionnement cognitif et plus particulièrement exécutif. Une récente revue de la littérature a mis en évidence des différences subtiles entre TB et TDAH. Il apparait que les troubles du contrôle de l’interférence, de la planification et de la flexibilité mentale sont spécifiques au TB et que les difficultés en mémoire de travail verbale et visuelle et en fluences verbales alphabétiques sont davantage observées dans le cadre des TDAH. En revanche, les capacités d’inhibition de permettent pas de discriminer les deux maladies.

RÉFÉRENCES: Executive function in pediatric bipolar disorder and attention-deficit hyperactivity disorder: in search of distinct phenotypic profiles. Patricia D. Walshaw, Lauren B. Alloy & Fred W. Sabb, Neuropsychology Review, Volume 1 Number 1 (March 2010), 103-120. PDF

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Les troubles de la mémoire de travail dans les troubles bipolaires sont-ils des marqueurs de la psychose?

Introduction

Le diagnostic différentiel entre troubles psychotiques et de l’humeur est particulièrement complexe. Une approche intéressante pourrait être l’utilisation de tests neuropsychologiques afin de différentier les deux entités en se basant sur des profils cognitifs sensiblement différents. Il est maintenant clairement admis que les déficits neuropsychologiques sont au coeur des pathologies de l’humeur et des états psychotiques. Plus précisément, des troubles de la mémoire de travail et des fonctions exécutives ont été identifiés à de nombreuses reprises chez des patients présentant une psychose schizophrène. De nombreuses études suggèrent que les patients atteints de troubles bipolaires présentent moins de troubles cognitifs que dans la schizophrénie, mais aussi que des symptômes psychotiques associés aux troubles bipolaires entrainent des troubles cognitifs  plus importants.  De plus, d’autres études suggèrent que le trouble de la mémoire de travail visuo-spatial permet de faire la distinction entre trouble bipolaire avec manifestations psychotiques et trouble bipolaire sans manifestations psychotiques. La perturbation des fonctions exécutives semble également permettre de faire la différence entre les deux entités: celle-ci étant plus importante chez les patients bipolaires avec antécédents de psychose.

Le modèle de la mémoire de travail le plus influent est celui de Baddeley & Hitch (1974) qui se compose de plusieurs sous-systèmes, dont une boucle phonologique, un calepin visuo-spatial, un centre exécutif de contrôle et un buffer épisodique. Le calepin visuo-spatial et la boucle phonologique sont deux lieux de stockage à court terme, le premier pour les informations visuelles et le second pour les informations verbales. Le centre exécutif est un système de contrôle attentionnel qui ne dispose pas d’espace de stockage mais qui permet de manipuler les informations contenues dans le calepin visuo-spatial et la boucle phonologique. Enfin, le buffer épisodique est un système qui permet la transition de l’information contenue à court terme vers un espace de stockage à plus long terme. L’objectif de cette étude est d’examiner ces différents composants de la mémoire de travail afin de déterminer un profil cognitif particulier chez des patients bipolaires avec ou sans éléments de psychose. Des tests ont été sélectionnés afin d’investiguer la mémoire de travail verbale, visuo-spatiale, le contrôle exécutif et le buffer épisodique. Les auteurs font alors l’hypothèse, en se basant sur la littérature existante, que la présence de manifestations psychotiques dans les troubles bipolaires entrainent des déficits plus sévères du centre exécutif de contrôle et de la mémoire de travail visuo-spatiale, mais non de la mémoire de travail verbale et de l’intégration de l’information contenue dans la mémoire à court terme dans la mémoire à long terme.

Méthode

77 personnes ont participé à l’étude: 46 patients bipolaires et 31 contrôles sains. Parmi les patients, 24 présentent des caractéristiques de la psychose. La mémoire de travail visuo-spatiale et verbale est mesurée à l’aide du sous-test Mémoire des Chiffres de la WAIS-III et de l’empan visuo-spatial de la WMS-III. Le centre exécutif de contrôle est examiné grâce au test de classement de cartes du Wisconsin. Enfin, le fonctionnement du buffer épisodique est observé à l’aide du test de mémoire California Verbal Learning Test.

Conclusions

L’objectif premier de cette étude était de voir si la présence de psychose chez des patients bipolaires entraine des déficits différents de certains composants de la mémoire de travail. Ce qui est mis en évidence est que le seul élément de la mémoire de travail qui est affecté chez des patients bipolaires présentant des symptômes psychotiques est le centre exécutif de contrôle et que le trouble de la mémoire de travail visuo-spatiale permet de différentier le groupe des patients bipolaires du groupe contrôle. Ces résultats supportent l’idée que certains aspects de la performance en mémoire de travail sont des marqueurs de la psychose (la perturbation du contrôle exécutif notamment) et que d’autres sont des marqueurs plus généraux du trouble bipolaire (la perturbation du fonctionnement du calepin visuo-spatial).

REFERNCES: Are Working Memory Deficits in Bipolar Disourder Markers for Psychosis?, Daniel N. Allen, Carol Randall, Danielle Bello, Christina Armstrong, Linda Frantom, Chad Cross & Jefferson Kinney, Neuropsychology, Vol. 24, No 2, 244-254, march 2010.

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