Abus de substances et troubles de la reconnaissance des émotions faciales

La littérature scientifique admet les relations entre abus de drogues et altérations cognitives, mais les recherches sont plus rares lorsqu’il s’agit d’étudier le rapport entre addiction aux substances et altérations dans le traitement des émotions. Plus précisément, la reconnaissance des émotions faciales est une des fonctions adaptatives essentielles, en jeu notamment dans les relations sociales. Une récente étude se propose d’examiner la qualité de la reconnaissance des émotions faciales chez des personnes abusant de plusieurs substances, mais également d’explorer les rapports entre la quantité et la durée de l’abus de drogues (alcool, cannabis, cocaïne, héroïne, MDMA) et l’identification d’émotions faciales. Les auteurs utilisent le test d’Ekman, qui se base sur six émotions principales: la peur, la tristesse, la colère, la surprise, la joie et le dégoût. Il s’agit de photographies en noir et blanc d’acteur simulant une émotion donnée. Les résultats montrent que les polytoxicomanes ont davantage de difficultés à reconnaître les émotions faciales de colère, de dégoût, de peur et de tristesse comparativement à des personnes non dépendantes aux substances, c’est-à-dire toutes les émotions négatives. En effet, il n’y a pas de différences significatives entre les deux groupes pour les émotions positives (surprise et joie) ou encore pour les visages neutres. De plus, il est important de préciser que les auteurs ont recruté des personnes qui sont abstinentes au moment de leur participation à l’étude: les troubles ont donc bien été provoqués par les abus de drogues et se poursuivent bien après. En outre, l’étude révèle également que la quantité de cocaïne absorbée a un lien avec une mauvaise performance dans la reconnaissance de l’émotion faciale de colère et que la durée de l’addiction à la cocaïne est une donnée prédictive des difficultés à identifier les émotions faciales de colère et de peur. Les troubles de la reconnaissance de l’émotion faciale de peur et de tristesse sont à mettre en lien avec les symptômes cliniques d’apathie, de dépression, d’agression et d’hostilité observés chez les toxicomanes. De la même manière, on peut faire un lien entre les difficultés à identifier l’émotion faciale de peur et les difficultés de ces personnes à identifier et à catégoriser les situations à risque. Enfin, les troubles de la reconnaissances de l’émotion faciale de dégoût peut être mis en relation avec les difficultés des polytoxicomanes à identifier des signaux internes d’anxiété ou d’inconfort. 

REFERENCES: Impact of severity of drug use on discrete emotions recognition in polysubstance abusers, Maria José Fernandez-Serrano, Oscar Lozano, Miguel Perez-Garcia & Antonio Verdejo-Garcia. Drug Alcohol Depend. (2010), In Press.

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Classé dans Toxicomanie

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