Archives mensuelles : mars 2010

La reconnaissance des émotions dans la maladie de Parkinson: méta-analyse

Il a régulièrement été observé un déficit dans la reconnaissance des émotions chez des patients atteints de la maladie de Parkinson (MP). Toutefois, il existe dans la littérature des données contradictoires. Gray & al. (2010) se proposent, dans une méta-analyse, de faire le point sur ce sujet. Les résultats, portant sur 600 patients MP, confirment un lien robuste entre maladie de Parkinson et déficits spécifiques de la reconnaissance des émotions, tant au travers de la modalité visuelle (analyse du visage) que de la modalité auditive (voix). Même, ce serait la reconnaissance des émotions négatives qui serait le plus touché. Aussi, si ces difficultés ne semblent pas être liées à la présence d’une dépression ou de troubles visuo-spatiaux chez ces patients, le rôle probable de la mémoire de travail mériterait d’être exploré davantage. Il ne reste plus qu’à savoir quelles sont les régions cérébrales lésées qui provoquent ce trouble de la reconnaissance des émotions. Ces résultats posent également la question de la qualité des interactions sociales chez ces patients.  Passionnant article à lire, publié dans le Neuropsychology de ce mois…

RÉFÉRENCES: A meta-analysis of performance on emotion recognition tasks in Parkinson’s disease. Heather M. Gray & Linda Tickle-Degnen, Neuropsychology, 2010, Vol. 24, N°2, 176-191.

1 commentaire

Classé dans Démences

RBMT 3ème édition en français à paraître cette année!

Vu sur le site internet des ECPA:

« Le Rivermead Behavioural Memory Test (RBMT), test de mémoire à valeur écologique, a été développé pour dépister et évaluer les problèmes mnésiques de la vie quotidienne. Le principe du test est de placer les patients dans des situations comparables à celles qu’ils rencontrent dans leur vie de tous les jours. Très sensible aux altérations du fonctionnement de la mémoire, l’épreuve permet d’identifier la gravité et la fréquence des troubles. Elle est utile dans le cadre d’évaluations clinique ou neurologique ainsi que dans le contexte de suivi de rééducation. Avec cette révision (version française ECPA), le RBMT 3 ouvre de nouvelles possibilités pour approfondir l’évaluation de la mémoire.
Le test explore davantage de fonctions :
–    exploration de la mémoire de la vie de tous les jours sous ses aspects visuels, verbaux, de rappel, de reconnaissances, immédiates ou différés,
–    évaluation des compétences de mémoire prospective,
–    mesure de la capacité à apprendre une tâche nouvelle.
La nouvelle version permet aussi de repérer des atteintes de la mémoire plus discrètes ou légères grâce à la révision des subtests, l’augmentation du nombre d’items et une difficulté plus grande des distracteurs. Par ailleurs, le matériel a été amélioré pour être plus agréable et faciliter l’administration (nouvelles photos, nouveaux dessins, regroupés dans des chevalets). 
Le RBMT3 donne une image précise des forces et des faiblesses du sujet à travers :
–    le profil de ses notes, regroupant ses performances dans le domaine de la mémoire verbale, visuelle, spatiale, prospective, pour l’orientation/date et l’apprentissage d’une nouvelle tâche ;
–    un Indice de mémoire générale (IMG) représentant sa performance mnésique générale.
Le nouvel étalonnage est composé de cinq groupes d’âge : de 16 à 19 ans, de 20 à 39 ans, de 40 à 59 ans, de 60 à 79 ans, 80 ans et plus. Le manuel comporte des exemples de cotation pour chaque subtest ainsi qu’un chapitre d’aide à la prise en charge dans lequel sont présentées des stratégies à considérer pour aider la personne souffrant de troubles de la mémoire ainsi que son entourage. »

Poster un commentaire

Classé dans Test

Mémoire, métamémoire et leur dissociation dans l’épilepsie du lobe temporal

Les patients qui présentent une épilepsie du lobe temporal (ELT) ont des difficultés de mémoire. L’étude de Howard & al. (2010) cherche à savoir si ces troubles mnésiques peuvent être liés à un trouble de la métamémoire, que l’on peut définir comme l’ensemble des croyances et connaissances que nous avons sur notre propre mémoire. 15 patients ELT et 15 contrôles sains appariés se sont ainsi prêtés à l’expérimentation. Ils devaient apprendre plusieurs paires de mots. Pour la métamémoire, les auteurs ont employé des tâches de jugement d’apprentissage (Judgment of Learning – JOL) et de sentiment de connaissance (Feeling of Knowing – FOK). La tâche JOL consiste pour le sujet à dire, sur une échelle, après avoir appris chaque paire de mots, avec quelle intensité il se sentirait capable de rappeler un des deux mots si on ne lui en présente qu’un seul. Pour chaque erreur dans la tâche de rappel, les participants sont invités à dire, sur une échelle, avec quelle intensité ils se sentiraient capable de reconnaître le mot cible parmi cinq altérenatives: c’est la tâche FOK. Tous les patients et contrôles appariés passent également par une batterie de tests neuropsychologiques. Les résultats montrent que les patients ELT ont des troubles marqués de la mémoire épisodique comparativement au groupe des sujets sains, mais que le fonctionnement de la métamémoire est parfaitement préservée. Les patients ELT, malgré leurs difficultés mnésiques, continueraient à bénéficier de bonnes connaissances de leur propre mémoire, c’est-à-dire qu’ils ont montré une bonne adéquation entre leur performance mnésique objective aux tests et leur jugement d’apprentissage et sentiment de savoir. En conlusion, les troubles mnésiques des patients ELT ne peuvent être expliqués par une perturbation de la métamémoire, mais plutôt par un déficit de l’encodage résultant des atteintes temporales.

REFERENCES: Memory, metamemory and their dissociation in temporal lobe epilepsy. Charlotte E. Howard, Pilar Andrés, Paul Broks, Rupert Noad, Martin Sadler, Debbie Coker, Giuliana Mazzoni. Neuropsychologia, 48 (2010), 921-932.

Poster un commentaire

Classé dans Epilepsies

Mémoire épisodique et altération de la substance blanche dans le vieillissement normal

Une étude parue au début de cette année dans la revue Neuropsychologia postule que le déclin des performances en mémoire épisodique observé dans le vieillissement normal serait la conséquence d’une fragilisation de certaines régions de la substance blanche et donc des connexions sous-tendant cette mémoire à long terme. 104 adultes âgés de 50 à 90 ans se sont prêtés à l’expérience. La substance blanche a été observée, entre autre, à l’aide de l’IRM de diffusion (technique qui permet d’inspecter les faiscaux de substance blanche) et le volume des hippocampes a également été calculé pour chaque sujet sain. La mémoire épisodique a été mesurée avec quelques sous-tests de l’échelle de mémoire de Wechsler, troisième édition, en se basant sur les théories d’Endel Tulving. Les auteurs ont constatés que la performance des sujets aux tests de mémoire était corrélée de manière significative avec les données obtenues avec l’imagerie à tenseur de diffusion mais pas avec la taille des hippocampes. Les résultats de cette intéressante étude suggèrent donc que la baisse des performances mnésiques des sujets sains vieillissants est due à l’intégrité du réseau des faisceaux de la substance blanche, qui a tendance à se fragiliser avec l’âge.

REFERENCES: The relationship between episodic long-term memory and white matter integrity in normal aging. R.A Charlton, T.R Barrick, H.S Markus, R.G Morris, Neuropsychologia, 48 (2010), 114-122.

Poster un commentaire

Classé dans Mémoires

Prise en charge de l’apathie dans la maladie d’Alzheimer par le maintien d’un domaine d’expertise

L’apathie est une perte de la motivation qui se manifeste par une diminution de l’initiation, un manque d’intérêt, de l’indifférence, un faible engagement social et un émoussement émotionnel (Landes & al., 2001). L’apathie se manifeste simultanément par une diminution des comportements orientés vers un but, un déficit de la cognition orientée vers un but et un déficit des émotions accompagnant les comportements dirigés vers un but (Marin, 1991; 1996). L’apathie peut être la conséquence de lésions neurologiques dans la démence de type Alzheimer (DTA), et particulièrement de l’atteinte de certaines régions frontales et sous-corticales. Mais l’apathie peut également être la conséquence d’un cercle vicieux qui entraîne le patient au repli suite aux troubles cognitifs qui se répercutent dans la vie quotidienne. Le patient se sent moins capable de faire les choses, et donc il cesse ses activités. Il est probable que l’apathie dans la DTA soit la conséquence de la participation conjointe de ces deux alternatives. Un des principaux intérêts de la prise en charge de l’apathie dans cette pathologie neurodégénrative est lié à ce que l’on appelle en neuropsychologie la réserve cognitive. La réserve cognitive fait référence au fait que l’intelligence innée, ou certains aspects liés aux expériences de la vie tels que le niveau d’éducation et les activités, produisent une forme de réserve prenant la forme d’un ensemble d’habiletés ou de répertoires qui permet à certaines personnes de limiter les répercussions du déclin cognitif associé soit à l’âge soit à la DTA (Stern, 2002). Plusieurs études ont montré que la réserve cognitive est associée à l’activité au sens large. Autrement dit, plus une personne est active au cours de sa vie, meilleur est son fonctionnement cognitif. L’inactivité liée à l’apathie a tendance a fragiliser le fonctionnement cognitif du malade ce qui aura pour conséquences de le rendre moins autonome: d’où l’intérêt d’une prise en charge de l’apathie dans la DTA.

Dans cette perspective, les aureurs de l’article préconisent de favoriser des activités habituelles ou routinières, de manière à mobiliser le moins possible de traitements contrôlés, connus pour être plus altérés que les traitement automatiques dans la DTA. Ces activités habituelles vont irrémédiablement porter sur les domaines d’intérêt et d’expertise du patient, qu’il va falloir déterminer (notamment avec l’aide des proches) et amener progressivement à les pratiquer en mettant le patient en situation et en analysant les difficultés, non sans tenir également compte de son profil cognitif.

REFERENCES: Prise en charge de l’apathie dans la maladie d’Alzheimer par le maintien d’un domaine d’expertise: étude de cas, C. Basse, M. Perrin, S. Adam in Actualités en rééducation neuropsychologique: études de cs, S. Adam, P. Allain, C. Aubin & F. Coyette, Solal Editeur, Marseille – 2009.

Poster un commentaire

Classé dans Démences

Les troubles visuels dans la Démence à Corps de Lewy et l’atrophie corticale postérieure

Perception visuelle et Démence à Corps de Lewy

Ce qui caractérise la Démence à Corps de Lewy (DCL) sont des déficits visuo-perceptif, attentionnel et exécutif prononcés, un syndrome parkinsonien et des manifestations d’allure psychiatrique comme des hallucinations visuelles, mais aussi une fluctuation du fonctionnement cognitif. Cette pathologie est connue pour altérer les voies visuelles. Des études de neuroimagerie fonctionnelle rapportent une hypoperfusion des lobes occipitaux, dont les cortex visuels primaire et associatif. Lors de l’examen neuropsychologique, le patient atteint de DCL peut présenter des troubles visuo-constructifs lors d’épreuves de copie de figures ou de dessin. Plusieurs études rapportent également des déficits dans la perception des objets à des tests de figures entremêlées, de perception de la forme et de décision d’objets. Plus particulièrement, Mosimann & al. (2004) ont mis en évidence chez des patients DCL une atteinte de la discrimination visuelle. D’autres études ont trouvé une perturbation de la perception de l’orientation de lignes au test de jugement d’orientation de lignes de Benton. Enfin, plusieurs études semblent aller dans le sens d’une atteinte particulière de la voie visuelle ventrale dans la DCL car les patients présentent à priori plus de difficultés pour les tâches de perception visuelle d’objets que pour les tâches visuo-spatiales.

Perception visuelle et atrophie corticale postérieure

L’atrophie corticale postérieure (ACP) est un autre type de pathologie neurodégénérative qui débute par une perturbation des processus visuels, mais qui est souvent associée à une démence de type Alzheimer. La neuroimagerie anatomique révèle une atrophie corticale qui prédomine dans la jonction pariéto-temporo-occipitale et dans le lobe occipital. Des études utilisant le PET scan mettent en évidence un hypométabolisme occipital et pariétal, surtout latéralisé à droite. On peut observer dans l’ACP un syndrome de Balint caractérisé par une paralysie psychique du regard (incapacité du patient à diriger volontairement son regard), une ataxie optique (incapacité de saisir ou de pointer un objet sous guidage visuel en raison d’erreurs de localisation spatiale) et un trouble visuo-attentionnel ou simultagnosie dorsale. La simultagnosie dorsale (ou pariétale) peut également s’observer en dehors du syndrome de Balint dans l’ACP et désigne le fait d’avoir des difficultés à percevoir plus d’un seul objet à la fois. Elle s’oppose à la simultagnosie ventrale (ou temporale) qui désigne l’incapacité à reconnaitre plus d’un objet à la fois et qui engendre notamment un dyslexie lettre à lettre. On peut également observer dans l’ACP une héminégligence spatiale unilatérale gauche, une désorientation topographique, une agnosie, une apraxie, une prosopagnosie, mais aussi un syndrome de Gerstmann (agraphie, acalculie, confusion droite-gauche et agnosie digitale). D’autres études rapportent des difficultés pour percevoir la forme globale d’un objet à partir du protocole de Navon.

Alors que la DCL semble affecter prioritairement la voie visuelle ventrale et donc la reconnaissance visuelle des objets, l’ACP semble affecter toutes les aires visuelles associatives et particulièrement la voie dorsale qui sous-tend les capacités visuo-spatiales.

REFERNCES: Visual Impairments in Dementia With Lewy Bodies and Posterior Cortical Atrophy. Claudia Metzler-Baddeley, Roland J. Baddeley, Paul G. Lovell, Amanda Laffan & Roy W. Jones, Neuropsychology, 2010, Vol. 24, 35-48.

Poster un commentaire

Classé dans Démences

Les troubles de la mémoire de travail dans les troubles bipolaires sont-ils des marqueurs de la psychose?

Introduction

Le diagnostic différentiel entre troubles psychotiques et de l’humeur est particulièrement complexe. Une approche intéressante pourrait être l’utilisation de tests neuropsychologiques afin de différentier les deux entités en se basant sur des profils cognitifs sensiblement différents. Il est maintenant clairement admis que les déficits neuropsychologiques sont au coeur des pathologies de l’humeur et des états psychotiques. Plus précisément, des troubles de la mémoire de travail et des fonctions exécutives ont été identifiés à de nombreuses reprises chez des patients présentant une psychose schizophrène. De nombreuses études suggèrent que les patients atteints de troubles bipolaires présentent moins de troubles cognitifs que dans la schizophrénie, mais aussi que des symptômes psychotiques associés aux troubles bipolaires entrainent des troubles cognitifs  plus importants.  De plus, d’autres études suggèrent que le trouble de la mémoire de travail visuo-spatial permet de faire la distinction entre trouble bipolaire avec manifestations psychotiques et trouble bipolaire sans manifestations psychotiques. La perturbation des fonctions exécutives semble également permettre de faire la différence entre les deux entités: celle-ci étant plus importante chez les patients bipolaires avec antécédents de psychose.

Le modèle de la mémoire de travail le plus influent est celui de Baddeley & Hitch (1974) qui se compose de plusieurs sous-systèmes, dont une boucle phonologique, un calepin visuo-spatial, un centre exécutif de contrôle et un buffer épisodique. Le calepin visuo-spatial et la boucle phonologique sont deux lieux de stockage à court terme, le premier pour les informations visuelles et le second pour les informations verbales. Le centre exécutif est un système de contrôle attentionnel qui ne dispose pas d’espace de stockage mais qui permet de manipuler les informations contenues dans le calepin visuo-spatial et la boucle phonologique. Enfin, le buffer épisodique est un système qui permet la transition de l’information contenue à court terme vers un espace de stockage à plus long terme. L’objectif de cette étude est d’examiner ces différents composants de la mémoire de travail afin de déterminer un profil cognitif particulier chez des patients bipolaires avec ou sans éléments de psychose. Des tests ont été sélectionnés afin d’investiguer la mémoire de travail verbale, visuo-spatiale, le contrôle exécutif et le buffer épisodique. Les auteurs font alors l’hypothèse, en se basant sur la littérature existante, que la présence de manifestations psychotiques dans les troubles bipolaires entrainent des déficits plus sévères du centre exécutif de contrôle et de la mémoire de travail visuo-spatiale, mais non de la mémoire de travail verbale et de l’intégration de l’information contenue dans la mémoire à court terme dans la mémoire à long terme.

Méthode

77 personnes ont participé à l’étude: 46 patients bipolaires et 31 contrôles sains. Parmi les patients, 24 présentent des caractéristiques de la psychose. La mémoire de travail visuo-spatiale et verbale est mesurée à l’aide du sous-test Mémoire des Chiffres de la WAIS-III et de l’empan visuo-spatial de la WMS-III. Le centre exécutif de contrôle est examiné grâce au test de classement de cartes du Wisconsin. Enfin, le fonctionnement du buffer épisodique est observé à l’aide du test de mémoire California Verbal Learning Test.

Conclusions

L’objectif premier de cette étude était de voir si la présence de psychose chez des patients bipolaires entraine des déficits différents de certains composants de la mémoire de travail. Ce qui est mis en évidence est que le seul élément de la mémoire de travail qui est affecté chez des patients bipolaires présentant des symptômes psychotiques est le centre exécutif de contrôle et que le trouble de la mémoire de travail visuo-spatiale permet de différentier le groupe des patients bipolaires du groupe contrôle. Ces résultats supportent l’idée que certains aspects de la performance en mémoire de travail sont des marqueurs de la psychose (la perturbation du contrôle exécutif notamment) et que d’autres sont des marqueurs plus généraux du trouble bipolaire (la perturbation du fonctionnement du calepin visuo-spatial).

REFERNCES: Are Working Memory Deficits in Bipolar Disourder Markers for Psychosis?, Daniel N. Allen, Carol Randall, Danielle Bello, Christina Armstrong, Linda Frantom, Chad Cross & Jefferson Kinney, Neuropsychology, Vol. 24, No 2, 244-254, march 2010.

Poster un commentaire

Classé dans Psychiatrie